Week-end à dos de solex

R&S

Du 10 au 13 mai, nous étions présents sur le campus de Beaulieu pour le 51ème anniversaire du plus vieux festival étudiant de France, le Rock’n Solex. Organisé chaque année par les étudiants de l’INSA, l’évènement propose des concerts mais également des courses de solex et d’autres animations en journée. Retour sur ce long week-end.

 

Jeudi 10 Mai

 

Le site commence à se remplir quand nous arrivons pour le concert d’Iseo & Dodosound. Le beatmaker Dodosound envoie des instrus qui oscillent entre reggae, ragga, dub voir hip/hop. Iseo, au chant, utilise son phrasé déferlant en anglais pour nous faire vibrer alors qu’une session cuivre balance du swing et du groove pour nous faire danser. Il y a de multiples influences au sein de cette formation espagnole, ce qui la rend assez inclassable. On ne peut cependant pas s’empêcher de penser à des artistes comme Naman ou Biga Ranx lorsque l’on écoute ce type de reggae. Le festival commence donc par une belle surprise.

 

La foule est un peu plus importante encore pour l’arrivée du rappeur Demi-Portion. Loin de l’autotune et des instrus électroniques à la mode, la musique du sétois est plus inspirée par l’ancienne génération. Accompagné sur scène par un autre MC, ils font le show en avant-scène. Dans ses textes, il n’y a pas de vulgarité mais des mots sincères et censés, une sorte d’appel à la révolte mais en poésie. Son flow parfois cogneur est teinté par le soleil de son accent du sud et le rend unique.

 

Est-ce encore utile de présenter la tête d’affiche de la soirée ? Le groupe Danakil tourne depuis plus de 15 ans et a vu son succès atteindre son apogée à la sortie de son album « Dialogue de Sourds » en 2008. On sent d’ailleurs la clameur monter d’un cran lorsqu’il commence à entamer les premières notes de « Les champs de roses ». S’ensuit l’un des désormais grands classiques du reggae français, le titre « Marley » qui est repris en chœur par le public. C’est d’ailleurs assez impressionnant de voir un titre fédérer les spectateurs de toutes les générations. Les amateurs du dernier album « La rue résonne » ne sont pas en reste non plus puisque plusieurs titres de l’album sont interprétés. Toujours aussi engagé, le groupe dénonce les maux de la société et cherche à interroger son public sur ses actes. Peu avant la fin de la représentation, le groupe interprète le morceau « Non je ne regrette rien ». Une reprise de Piaf osée mais totalement réussie. On a rencontré Balik (parolier et chanteur) plus tôt dans la journée. Interview à venir sur notre site.

 

Entre deux concerts, on va taper du pied sous le chapiteau où le collectif rennais Ethereal Decibel Compagny balance sa psytrance.

 

Pour la dernière ligne droite de la soirée, c’est la P’tite Fumée qui prend le relais et qui termine à toute vitesse. Attention les ariégeois ne rigolent pas et mieux vaut en avoir gardé sous le pied pour pouvoir suivre le rythme. Avec leur musique Trans instrumentale (didgeridoo, space drum, percu), les cinqs musiciens retournent le chapiteau et nous font entrer en transe. C’est tribal, hypnotique voire pour les plus perchés carrément chamanique. On a l’impression d’avoir croisé les petits frères d’Hilight Tribe. Enfin, on vous rassure, ce n’est pas une simple copie mais juste une inspiration car la P’tite Fumée a ses propres mélodies.

 

Chill Bump

 

Vendredi 11 Mai

 

C’est pour écouter Bon Entendeur qu’on entre sur le festival. Comme on s’y attendait, il y a déjà un peu de monde présent sur le site pour voir le collectif. Comme on ne s’y attendait pas, il n’y avait qu’un seul DJ sur scène (contre 3 habituellement). Le set est musical et le rythme accélère un peu en fin de concert pour faire bouger le public. Pas désagréable pour commencer la soirée mais pas franchement transcendant non plus. A écouter à la maison mais pas forcément à voir en live.

 

De l’énergie on en voulait, et bien on pouvait compter sur Chill Bump, le plus américain des groupes de rap français. On les avait rencontrés l’an dernier aux Z’éclectiques et leur set est à l’image des deux musiciens, cool, énergique et jovial. Bankal, le beatmaker, nous régale avec ses instrus à l’inspiration  US. De son coté, Miscellaneous nous séduit et nous skotche avec son flow incisif. Leur titre « The Eponym » fait un véritable carton et le refrain de « The Memo » est repris en chœur par le public.

 

Ça se poursuit avec Clément Bazin que l’on a déjà vu plusieurs fois en 2017. Il fait même parti de nos coups de cœur de l’année dernière. Ce n’est donc pas une surprise de voir comment en quelques minutes, il conquit déjà le public rennais. Entre énergie électronique et battements organiques, l’ancien batteur de Woodkid met littéralement le feu au chapiteau du Rock’n Solex. A la fois planant et percutant, son set est complet et original. Le parisien nous a encore fait entrer en transe et nous a confirmé une nouvelle fois qu’il est très talentueux.

 

La soirée se clôture avec La Fine Equipe venue remplacer au pied levé Arnaud Rebotini qui a annulé sa venue à la dernière minute pour aller mixer sur le festival de Cannes. La bande parisiano-marseillaise nous avait séduit lors des prestations qui ont suivi la sortie de leur album « La Boulangerie 3 » en 2014. On ne les avait pas revus depuis un petit moment et c’était avec plaisir qu’on les retrouvait donc ce soir. Malheureusement, leur DJ set ne nous a pas conquis. Sans véritable fil conducteur, on a été baladé entre beats cogneurs et scratch hip/hop. Difficile de s’y retrouver et de savoir sur quel pied danser. La soirée s’achève donc sur une légère déception mais nous avons tout de même passé un super moment encore ce vendredi.

 

Giorgia

 

Samedi 12 Mai

 

Dès 20h45 nous sommes sur le campus de Beaulieu pour ne pas rater une miette du concert de Giorgia Angiuli. L’italienne est loin d’être une débutante et sa réputation n’est plus à faire. Malheureusement, il n’y a qu’une centaine de spectateurs présents. Quel dommage ! Avec sa casquette Mickey fixée sur sa tête et ses jouets musicaux dont elle intègre les sons dans ses mixes, Giorgia nous montre son univers enfantin et décalé. C’est là toute l’originalité de la prestation, la productrice propose un set techno parfois très cogneur mais également mélodique puisqu’elle intègre des sons extérieures (sa voix, les jouets ou des sons pré-enregistrés). La plus belle prestation du week-end pour nous.

 

Il est maintenant l’heure d’accueillir la tête d’affiche du festival et ce n’est pas n’importe qui puisqu’il s’agit du maître de la deep-house américaine, l’immense Kerri Chandler. Il en impose sévère derrière ses platines mais arrive tout détendu à la conquête du public breton. Il ne lui faudra que très peu de temps pour arriver à ses fins puisqu’après quelques minutes tout le monde est dans l’ambiance. La foule est d’ailleurs bien plus dense que lors du concert précédent. Ses titres font un véritable carton. Kerri montre de la sympathie pour le public et prend du plaisir. Propre et efficace, son set lance la soirée.

 

Quand Louisahhh entre en scène, on sait que ça va cogner. La protégée de Brodinski a un univers assez sombre et l’assume parfaitement dans son apparence et dans ses morceaux. Son DJ set est donc accrocheur mais ne nous transcende malheureusement pas. Les samples ne sont pas toujours travaillés et démontrent un manque d‘originalité (comme lorsqu’elle laisse tourner un morceau de Vitalic pendant de nombreuses secondes). Si globalement la prestation était maitrisée, elle manquait un peu de saveur.

 

C’est déjà le moment de clôturer le festival et c’est AZF qui en a la charge. On voulait du dark et des beats accrocheurs et bien on est servi avec la productrice parisienne. Elle ne fait pas semblant et ça cogne dure. Sa techno radicale est carrément oppressante à certains moments mais c’est ce qui la démarque des autres acteurs du milieu. Soit on adhère, soit on a du mal à entrer dans cette univers sombre. Le public est encore nombreux devant donc c’est qu’il apprécie.

 

La 51ème édition du Rock’n Solex était encore une réussite et on adresse un grand merci aux organisateurs pour l’accueil. Bon courage aux jeunes ingénieurs pour la fin de l’année.

Par Florent le 04/06/2018

Ajouter un commentaire