Hits the Road 2017 !

La Route Du Rock 2017

Persistons et signons, la saison estivale française cuvée 2017 ne fut pas la meilleure de ces dernières années, cachets d’artistes de plus en plus improbables causant une augmentation assez significative du prix des pass, affiches en demi-teinte entre artistes qui auraient dû tirer leur révérence depuis un moment, combos hypes destinés à créer des sold out et remplissant les festivals d’un public irrespectueux, parfois violent souvent sexiste, et des running orders plaçant de nombreux groupes jeunes et talentueux à des horaires improbables ( Bichoiseries, Vieilles Charrues, Art’So pour les progs, Hellfest pour l’entièreté des points soulignés, Motocultor pour les running par exemple ).

Ces points sont importants à soulever parce que d’une part, le on season se termine - laissant d’ailleurs place à un off season de très belle facture dans la région Nord - et il est temps de faire un bilan sur lequel nous reviendrons en fin d’article, et d’autre part pour relever le fait que l’affiche de cette cuvée 2017 de la Route du Rock est excellente mais aussi que le festival n’échappe pas à ce bilan 2017 qui ne présage pas que du bon pour l’été 2018.

 

Mais d’abord, les groupes. Les aléas des préparatifs et du voyage - surtout le voyage où nous avons dû aller d’improvisations en improvisations pour atteindre notre destination - nous font arriver trop en retard pour PJ Harvey, le temps de récupérer le précieux sésame, de franchir les barrières, nous avons juste eu le temps de croiser de nombreux gens subjugués par la performance de la cultissime chanteuse, mais aussi le temps de comprendre qu’une grande partie des personnes présentes n’auront fait le déplacement que pour elle ce qui est un peu dommage quand on sait qu’il reste à ce moment un peu plus de 5 heures de concerts. Nous arrivons ainsi pour le quartette de Seattle Car Seat Headrest qui, bien que proposant une bonne petite pop-rock en studio à la manière des premiers efforts des Girls in Hawaii, peine à convaincre en live dû à une prestation trop plate et une énergie inexistante sous couvert arty/hipster et ne devenant qu’une copie de ce qui se fait déjà trop.

 

La route du Rock 2017
Copyright © Mathieu Fourcher

 

Feux nourris pour le quintette de Bristol, Idles et sa synthèse du punk présente leur premier album pour un set explosif et surtout érudit, à la fois post-punk dans les plus belles heures de Ian Curtis, à la fois punk/alterno français à la Béru, et souvent perdu entre les fantômes des scènes punk hardcore et garage à la Black Flag, Circle Jerks ou encore The Traditionnal Fools, le combo envoie un punk à la cool, violent et décomplexé, le chanteur Joe Talbot harangue la foule, la provoque, insulte le Front National et les suprémacistes à longueur de temps, les guitaristes moustachus bondissent, se tordent et grimacent, bref un freak show bordélique d’une qualité indéniable. On retrouve avec plaisir les déjà nombreux tubes du combo comme Well Done ou encore Mother et réveille un grand coup le festival. Rafraîchissant et inattendu.

Direction la scène du Fort pour Thee Oh Sees, un des groupes les plus prolifiques et talentueux du renouveau de la scène garage de ces dix dernières années, emmené principalement par John Dwythe, le guitariste-chanteur, seul restant de la formation initiale qui a connu des changements de line-up sur quasiment un album sur deux. Pour cette année 2017, le line up se compose de quatre membres, John bien sûr, un bassiste et surtout deux batteurs ! Si vous êtes un peu connaisseur de la musique des Oh Sees, vous avez probablement déjà compris en quoi le concert fut un joyeux bordel. Possédé, Dwythe enchaîne les changements de voix, tantôt nasillarde, tantôt aïgue, tantôt rauque ; maltraite sa guitare, la fait saturer, hurler, cracher. Le combo basse-double batterie se veut à la fois organisé et bordélique et fracasse la cadence tout en permettant au set de s’enchaîner non-stop avec une extrême précision - ce qui est un comble pour du garage - et une grande fluidité. Une heure de concert éprouvante.

Le set en demi-teinte d’Helena Hauff nous permettra de nous remettre de nos émotions avant d’enchaîner le dernier concert de cette première soirée qui s’annonce prometteur. Ni mauvaise ni géniale, fleurtant parfois avec l’un comme avec l’autre, la jeune allemande puise sa musique dans différents sous-genres de l’electro allant de l’EBM à la trance, en passant par des notes de new wave/coldwave mais n’arrive jamais à trouver son équilibre dans un set d’une heure quarante très inégal, parfois éprouvant et intense, parfois fade et plat, Helena Hauff lance de nombreuses pistes sans en suivre aucune très longtemps mais propose dans sa globalité un set qui se laisse écouter. A souligner par contre un excellent travail de la régie lumière qui a vraiment bien travaillée et a sublimée le set.

L’heure tourne, et la messe va pouvoir commencer avec le père de l’abstract hip-hop DJ Shadow ! Présent depuis le début des 90, le DJ aux multiples talents et facettes, non content d’avoir été l’instigateur d’un genre est revenu en 2016 avec son nouvelle effort ‘’Mountain Will Fall’’ pour rappeler qu’il restait le chef dans un album difficile d’accès et plus expérimental qu’à l’accoutumée. Quand enfin l’installation s’allume ( sous la forme de trois toiles tendues entourant l’artiste ), le set peut commencer et malgré les messages peace and love prônés par l’artiste avant le concert, c’est un set agressif et sombre qui se met en place dès les premières notes. Laissant libre court à l’improvisation et au freestyle, DJ Shadow envoie certains titres connus mais reste dans une verve très sombre, protestataire en témoigne les messages d’insurrection projetés sur les toiles pendant tout le set et renvoie à ses côtés les plus lancinants et froids ( Building Steam with a Grain of Salt, Midnight in a Perfect World ). Un set coup de poing inattendu dont le trip fut interrompu par une légion de mecs bourrés et bourrins faisant au fur et a mesure du concert place nette sur le devant de la fosse puisqu’une bonne partie de la foule se retirera du concert, énervée.

 

La route du Rock 2017
Copyright © Mathieu Fourcher

 

Oh combien fut décevant cette seconde journée ! N’y allons pas par quatre chemins : un Parquet Courts trop axé sur le trip pop de son dernier album oubliant totalement sa verve punk énergique en résulte un concert plat mais quelques soubresauts par moments. Jesus and Mary Chain quant à lui s’adressait uniquement à ses fans les plus inconditionnels avec un set planant mais rapidement répétitif et roboratif et enfin un Black Lips en forme mais un son atroce du début jusqu’à la fin ( absence totale de guitare pendant l’introduction, aucune saturation,... ) qui aura raison de nous au bout de vingt minutes. Pour le reste, les petits groupes ressemblent tous à la même électro-pop à la Alt-J, Phoenix et consorts et on regrette le manque de prise de risque dans cette seconde journée à tel point que nous préférons rentrer pendant Black Lips manquant Future Islands et Soulwax pour profiter de la dernière journée qui s’annonce très chargée.

 

Après avoir digéré une journée assez vide, nous étions plus que déterminés pour cette troisième et dernière journée de festival tant la programmation été alléchante, essai transformé ?

Nous commençons très doucement avec The Proper Ornements qui malgré un petit talent touchant rappelle encore la surcharge de groupes de cette verve la veille et, il faut bien l’avouer, nous ne l’avons écouté que d’une oreille. Première grosse attente de la journée, la géniale Angel Olsen démarre tandis que le soleil commence tranquillement à baisser. Une voix comme une claque malgré un set axé sur son dernier effort pas assez atypique par rapport à l’aura et aux précédents efforts d’Angel Olsen, l’artiste montre malgré tout toute l’étendue de son incroyable talent vocal, et sait toujours s’entourer d’excellents musiciens, à la fois indispensables et discrets à l’image de la musique de la chanteuse, fine, fragile mais extrêmement puissante et lancinante.

 

La route du Rock 2017 - Yak
Yak - Copyright © Nicolas Joubard

 

20h30, merci Yak merci !! Enfin du vénère, de l’énergie, de la claque en barre. Du haut de ses trois années d’existence, le trio anglais arrive à points nommés après une surcharge dangereuse de pop facile et détruit tout sur son passage. Un son saturé au dernier stade, une énergie folle, un garage punk cradingue n’ayant rien à envier aux délires cosmiques de King Gizzard période ‘’I’m in Your Mind Fuzz’’ et à la coolitude du premier album des Traditionnal Fools, bref une claque qui fait du bien tant elle était nécessaire et nous repartons galvanisés de toute l’énergie du combo, une jeune formation à inclure dans les jeunes espoirs du garage ! Well done aurait dis Idles !

Pas le temps de s’en remettre, il est l’heure de Mac Demarco, et malgré la fosse bondée, et le public l’attendant avec beaucoup d’impatience, c’est dans sa nonchalance légendaire que l’artiste apparaît. Demandant un briquet à la foule, c’est cigarette au bec qu’il attaque un concert retraçant les deux pôles de sa discographie où l’on retrouve ces premiers titres à la cool notamment période Salad Days et les titres plus péchus et electro de ses deux derniers albums. Set équilibré, très bons musiciens, et ambiance détendue pour le chanteur nasillard le plus cool de la décade, ni plus ni moins, pour un concert qui permet tranquillement d’atterrir de la claque précédente.

Une petite heure de pause pour se remettre sur pied et permettant de prendre le temps de profiter de la queue pour les stands food et d’une attente beaucoup moindre aux buvettes avec une team bénévole sympathique et extrêmement travailleuse. C’est après ce petit interlude que nous reprenons pour une des plus grosses claques ( attendues ) de la soirée avec Interpol qui, en prime, aura joué l’intégralité de leur premier album Turn on the Bright Lights qui a pris 15 ans le 19 août soit la veille. Un concert stellaire, pour un groupe carré à la composition et au jeu solide rejouant les musiques les ayant révélés au monde et qui auront composé un des meilleurs albums de la vague revival post-punk des années 2000. Une claque dans un gant de velours : à la fois enivrant et désespérément grave, d’une atmosphère stellaire aux échos telluriques.

 

La route du Rock 2017
Copyright © Mathieu Fourcher

 

C’est estomaqué et dans une fin de transe que nous nous rendons aux Moonlandingz, sorte de super groupe ovniesque réunissant des membres de la Fat White Family et de l’Eccentronic Research Council, le combo anglais tisse leur ‘’Ouija Psych Pop’’ selon leurs propres mots autour de genres très éloignés sorte de garage funk psychédélique à mi-chemin entre Black Merda, Thee Oh Sees, King Khan et 13th Floor Elevators et offre ainsi un des groupes les plus surprenants du week-end. Un concert instinctif et imprévisible, des improvisations guitaristiques et claviéristiques complètement tarées et des variations vocales sur-aïgues voire parfois animales. Une excellente découverte pour un groupe à aller voir d’urgence en live.

Dernier concert de cette dernière journée très chargée musicalement, et non des moindres. Un des plus attendus pour nous, et en guise de clou du spectacle, on peut faire difficilement mieux pour ce type de festival, l’ultra-prolifique et talentueux Ty Segall. Fort d’une discographie exemplaire et extrêmement garnie ( deux albums par an depuis 8 ans que ce soit en one-man band, en collaboration avec par exemple Mikal Cronin de White Fence ou en groupe avec ses deux projets Fuzz et The Traditionnal Fools ), le californien du haut de ses trente ans envoie ce qu’il fait de mieux : du garage, qu’il soit folk, psyché ou heavy rock. Pas facile de trier dans autant de titres aux accents si différents, et comme attendu, c’est pêle-mêle que l’artiste les jouera dans un sublime et euphorisant maelström qui nous fera partir exténués de cette collection été 2017 de la Route du Rock.

 

La route du Rock 2017
Copyright © Mathieu Fourcher

 

Cet on-season avec le recul de ces quelques semaines aura ainsi pointé de nombreux points qu’il est important de soulever au vu d’une situation culturelle de plus en plus problématique en France, et la Route du Rock, même si elle évite de nombreux pièges ne déroge pas non plus totalement à la règle. Le sold out du vendredi aura montré une surcharge de population rendant le festival difficilement gérable surtout quand la nuit tombe, et surtout quand il y a beaucoup de gens ( très très ) bourrés au m² reléguant les plus timides au fond ou sur les côtés. Des règles rendant le festival plus mercantile et du coup, l’ambiance plus tendue, une sortie définitive au jour y compris pour les pass 3 jours, des prix ayant plutôt augmentés et donc un festival moins financièrement accessible ( il FAUT recharger la cashless pour survivre c’est simple ! ) ce qui ampute le festival d’une partie du public n’ayant pas pu venir, devant rester au camping dès le milieu de soirée... Beaucoup de problématiques soulignées dans de nombreux journaux tout au long de l’été rendant compte également de cachets d’artistes extravagants à la renommée aussi proportionnelle que la véritable qualité du concert et la pertinence en 2017 de faire venir ces groupes, au milieu d’une scène locale, française, européenne, mondiale surchargée de groupes prometteurs prêts à se défendre en live dans tous les genres musicaux ( la scène punk hardcore ou rap en France, la scène atmosphérique latine,...).

De plus en plus de difficultés à réunir des moyens, obligés de jouer la sécurité, à l’exception de cette incroyable affiche 2017 de la RDR et aussi de celle de Chauffer dans la noirceur réunissant de nombreuses jeunes formations, les festivals affichent des prog moins risquées, beaucoup plus répétitive et accès sur la redite de ‘’valeurs sûres’’. Effet immédiat, on assiste de plus en plus à l’achat pour artiste ( comme ce fut le cas pour PJ Harvey le vendredi ) et non plus pour le festival et les découvertes qu’on peut y faire soit le principe même d’un festival.

En résulte, un off season prometteur dans la région Nord ( Lille, Rouen, Rennes, Nantes ) chargé d’excellents concerts ( Igorrr, Melt Banana, Emma Ruth Rundle, Godspeed You! Black Emperor, Mac Demarco, Mogwai, Swans,... ) et de très bons festivals ( Aïnu Festival, Rock in the Barn, Rock’n Grass, Desertfest, Tyrant, Guess Who?,...) pour un premier trimestre chargé de jeunes formations prêtes à en découdre. De plus en plus, la période que je privilégie...

 

La route du Rock 2017
Copyright © Mathieu Fourcher

 

Par Lilian le 09/09/2017

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